Balade en Iran

Balade en Iran

Les balades de l’AIEA
Les déclarations multiples de l’AIEA à propos de l’Iran pourraient faire rire. L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique « réaffirmait » le 21 février dernier « l’esprit de coopération et la confiance mutuelle renforcée » (entre l’Iran et l’AIEA). Deux jours plus tard, le 23 février, elle se disait « vivement préoccupée » par un site iranien non déclaré sur lesquels des particules d’uranium ont été détectées.Logo AIEA

L’Iran se défend de mettre au point un programme nucléaire offensif, mais en novembre 2020, l’AIEA avait déjà jugées les explications de l’Iran « non crédibles ». On voudrait nous faire croire que l’Iran reprend son programme d’armes nucléaires en « riposte » aux sanctions américaines et à son retrait du JCPOA (voir plus bas « Repères »). Mais qui peut encore avaler ce type de prétexte ? On sait – au moins depuis 2003, donc depuis 18 ans-, que l’Iran balade tout le monde, à commencer par les inspecteurs de l’AIEA.

Secrets de Polichinelle
On sait que l’Iran a mené des activités nucléaires clandestines depuis les années 90.

On sait que l’Iran a acquis en 1995, auprès du Pakistan (doté de l’arme atomique), des plans de centrifugeuses qui n’avaient rien d’un programme civil.

On sait que l’Iran a rasé 6 bâtiments sur le site nucléaire de Lavizan juste avant des inspections de l’AIEA en 2004, allant jusqu’à creuser la terre sur plusieurs mètres, non pas pour faire des fouilles archéologiques, mais pour qu’on n’y prélève pas des traces d’uranium.

On sait que l’Iran a enfoui des sites nucléaires.

On sait que Téhéran continue à accumuler de l’uranium faiblement enrichi, dont la quantité dépasse désormais de 14 fois la limite autorisée par l’accord de 2015 (voir plus bas « Repères »).

Plan des centrales nucléaires en Iran en 2015On sait que l’Iran poursuit ses recherches sur les centrifugeuses de pointe, sur l’usinage de la bombe. On sait qu’il interdit des sites aux inspecteurs de l’AIEA, qu’il préserve son réacteur à eau lourde d’Arak qui devait être reconverti, et qu’il possède des missiles balistiques à vocation intercontinentale – entendez : des missiles à tête nucléaire qui peuvent toucher Paris, Londres ou Israël.

Bref, on sait que l’Iran redouble son effort pour se doter de l’arme nucléaire. La partie de cache-cache dure depuis longtemps et fera sans doute un jour le sujet d’un bon polar.

Les dirigeants iraniens ont ce particulier mélange dissimulation / ruses / déclarations transparentes. Comme quand ils menacent de faire disparaître Israël. Ou bien quand ils déclarent que les négociations avec les Européens ont permis à l’Iran de gagner un temps précieux pour assembler « un grand nombre de centrifugeuses » (de la bouche d’un négociateur iranien en 2005, sous Rohani).

On sait à peu près tout du programme nucléaire militaire, et la seule question qui vaille aujourd’hui est : dans combien de temps l’Iran aura-t-il l’arme atomique ?

Politique de l’apaisement

Mais pour notre diplomatie, l’urgent est de continuer de louvoyer avec l’Iran des mollah, de négocier, et d’apaiser. L’apaisement permet de poursuivre les tentatives d’apprivoiser le monstre. Il permet de fermer les yeux pour éviter de voir que le régime des mollah est totalement imperméable à la carotte occidentale. De Staline à la lignée coréenne des Kim, en passant par les très malheureuses négociations avec l’Allemagne nazie, nous avons pourtant suffisamment d’exemples dans l’histoire qui nous montrent que la grille de lecture démocratique ne fonctionne pas avec les dictatures. Négocier de la sorte avec l’Iran, c’est « récompenser la mauvaise foi et l’irrespect des règles »1.

 

A lire notre édito sur le sujet de l’apaisement

1 Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’Institut Thomas More, « Accord de Vienne sur le nucléaire iranien | Des perspectives incertaines« , juillet 2015

 

Points de repère

Année 50 : l’Iran lance son programme nucléaire

2002 : l’Oraganisation des Moudjahiddines du Peuple (OMPI), opposants iraniens en exil, révèle l’existence d’un programme nucléaire iranien clandestin, dans les sites de Natanz et d’Arak. Le pays des mollahs cache à l’AIEA, ayant signé le TNP en 1968 (Traité de Non-Prolifération).

2003 : Bien que l’Iran accepte le principe d’inspections surprises de l’AIEA (Agence Internationale de l’Énergie Atomique), l’agence de l’ONU juge la coopération « moins que satisfaisante ».

2005 : Reprise de l’enrichissement de l’uranium à Ispahan.

2006 : l’AIEA alerte le Conseil de Sécurité de l’ONU du caractère suspect du programme nucléaire et balistique iranien.

2009 : le président américain Barack Obama assouplit la position des États-Unis vis-à-vis de l’Iran. La même année, les Occidentaux dénoncent la construction secrète d’un deuxième site d’enrichissement à Fordow. Ce site est semi-enterré, sous une montagne.

2006 à 2010 : Les Occidentaux obtiennent le vote de 4 séries de résolutions imposant à l’Iran des sanctions afin de le contraindre à se conformer au TNP.

24 octobre 2013 : l’Iran obtient le « droit à l’enrichissement », dans un but civil et de recherche, et une levée partielle des sanctions.
Refus par l’Iran des inspecteurs de l’AIEA.

14 juillet 2015 : Accord de Vienne : l’Iran limite ses activités nucléaires et l’Occident allège ses sanctions.
Après 12 ans de négociations, l’accord de Vienne est signé entre l’Iran et le P5+1 (les 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie + l’Allemagne). Cet accord, conclu pour une durée de 10 ans et appelé aussi JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action : Plan d’action commun complet), permet de lever les gels des actifs iraniens à l’étranger en contrepartie d’une diminution de ses activités nucléaire et balistique. Par exemple, l’uranium ne doit pas être enrichi à plus de 3,67 %, et sa quantité n’excédera pas 300 kg.
Bref, l’Occident ne tente plus d’empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire, mais essaie juste de contrôler le processus.

Détail de l’Accord de Vienne de 2015

Mai 2018 : Trump se retire de l’accord des 5+1 pour obtenir de l’Iran une renégociation d’ici 1 an. Face au refus de l’Iran, il rétablit progressivement l’ancien régime occidentales des sanctions économiques contre l’Iran.

7 novembre 2019 : L’Iran détient une inspectrice de l’AIEA lors de sa visite du site d’enrichissement d’uranium de Natanz, lui saisit son passeport et lui enlève son accréditation (voir encadré).

3 Janvier 2020 : élimination du Général Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods du corps des Gardiens de la révolution islamique, chef du programme nucléaire iranien.

Janvier 2021 : le Secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, déclare : « l’Iran pourrait produire suffisamment de matières fissiles en quelques semaines pour fabriquer une bombe nucléaire ». Toutefois, l’administration Biden souhaite rétablir l’accord de Vienne. L’AEIA prévient que les réserves actuelles d’uranium enrichi stocké par l’Iran dépassent de plus de dix fois la quantité prévue par l’accord de Vienne.

25 janvier 2021 : Le chef d’État-Major israélien, le général Kochavi, déclare : « l’action militaire doit être sur la table » (Conférence annuelle de l’Institut d’études sur la sécurité nationale de l’Université de Tel-Aviv).

21 février 2021 : L’Iran et l’AIEA annoncent avoir trouvé un compromis pour maintenir une surveillance des activités nucléaires malgré les limites imposées par Téhéran.

23 février 2021 : L’Iran commence à limiter les inspections de son programme nucléaire par l’AIEA faute d’avoir obtenu la levée des sanctions américaines. Le président américain Biden avait déclaré ne pas lever les sanctions tant que Téhéran ne cessait pas d’enrichir de l’uranium. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne regardent l’Iran et les USA se renvoyer la balle. La possible présence de matière nucléaire sur un site non déclaré inquiète l’AIEA.

 

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