La Knesset, ou l’histoire d’une instabilité chronique

La Knesset, ou l’histoire d’une instabilité chronique

Par Alain Herbeth

Sauf énorme surprise, peu probable selon l’ensemble des observateurs, le paysage politique va, encore une fois, se modifier en Israël. La 24ème Knesset va donc être dissoute un an après avoir été élue.

Une situation dangereuse

Depuis 2019, les Israéliens vont aller voter pour la cinquième fois. Ils l’ont fait en avril et septembre 2019, à l’automne 2020 et en juin 2021. Le rythme des dissolutions s’accélère mais, depuis sa création, en 1949, la Knesset n’a pu aller au bout de son mandat que dix fois… Dit autrement, elle a été dissoute quatorze fois et le cap de la quinzième dissolution vient d’être atteint. Une sorte de record.

Naphtali Bennett & Yair Lapid 20 juin 2021

Naphtali Bennett & Yair Lapid 20 juin 2021 ©GPO Amos Ben Gershom

Cette décision a été prise conjointement par le premier ministre sortant, Naftali Bennett, et par Yaïr Lapid, son ministre des affaires étrangères qui le remplacera à la tête du gouvernement jusqu’à l’élection de la nouvelle assemblée parlementaire, élection qui devrait avoir lieu le 25 octobre ou le 1er novembre.

Une fois le principe de dissolution de la Knesset dûment acté, ce qui est désormais chose faite, celle-ci cesse de légiférer et le gouvernement ne peut qu’exécuter les affaires courantes… sauf menace terroriste ou menace de guerre, sauf flambée épidémique, cela va sans dire. Il cessera toutes ses fonctions au lendemain des élections, quand le président choisira parmi la nouvelle Chambre celui, ou celle, qu’il chargera de former un gouvernement. Le temps risque d’être long, et peut même déboucher sur une sixième élection. Ce serait difficile pour Israël, pour la démocratie et pour la paix dans cette région où les Accords d’Abraham demandent à être consolidés et la menace iranienne contenue.

 

Les causes d’un échec

Dans l’actuelle Knesset, la majorité est composée de huit partis :
• Yamina, le parti de Bennett, comptait 7 députés, il n’en reste plus que 4 après que 3 en soient partis
• Raam, la coalition arabe compte 3 députés
• Meretz (extrême-gauche) : 6
• Nouvel Espoir (Gideon Saar) : 6
• Avoda (parti travailliste) : 7
• Israël Beitenou (Avigdor Liberman) : 8
• Bleu-Blanc (Benny Gantz) : 8
• Yesh Atid (Yaïr Lapid) : 17

La situation est avant tout paradoxale. C’est Naftali Bennett qui, il y a un an, a endossé la responsabilité de devenir premier ministre, bien que largement minoritaire, pour éviter d’aller vers une cinquième élection. C’est lui, pourtant, qui il y a quelques jours a annoncé au pays sa décision de dissoudre la Knesset et de projeter ainsi Israël vers des élections qu’il voulait éviter.

Pourquoi cette décision a-t-elle été prise ? Elle est en partie le fruit d’une coalition hétéroclite, formée de 8 partis qui se sont unis pour faire bloc contre le Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou. Ce ciment a tenu quelques mois, jusqu’au vote du budget, puis la coalition majoritaire a commencé à s’effriter, chaque parti défendant ses propres intérêts.

Knesset (Parlement israélien) à Jérusalem, la députée Idit Silman

La députée Idit Silman, membre de Yamina, en discussion ave Yaïr Lapid, membre de Yesh Atid (MARCUS YAM / 13 juin 2021)

Le parti même du Premier ministre, Yamina, a subi de nombreuses turbulences. Le député Amihai Chikli a voté plus souvent contre son parti au Parlement, et a fini par en être expulsé. Quant aux députés Idit Silman et Nir Orbach, ils ont quitté la coalition.

Le point d’orgue a été la question de la prolongation du décret de Judée-Samarie. Ce décret donne à Israël une juridiction légale sur les habitants des implantations de Cisjordanie. Il permet en fait l’application de la loi pénale et sociale sur ces territoires, et doit être approuvé tous les 5 ans depuis 1967. Or avec la défection de deux députés arabes de la coalition, l’un membre de Raam, l’autre du Meretz, le décret n’a pu être prolongé, ce qui risquait de plonger ces territoires dans l’anarchie. Dans ce contexte, la dissolution de la Knesset permet de prolonger le décret actuel jusqu’aux prochaines élections.

 

 

Retour sur la brève histoire de la Knesset

Avant de savoir comment demain sera fait, et comment sera composée la 25ème Knesset, il est utile de se souvenir de son histoire. Le principe de l’existence d’une Assemblée nationale a été décidé dès la proclamation de l’indépendance d’Israël, le 14 mai 1948. Elle ne se réunira pour la première fois que le 14 février 1949, remplaçant le « Conseil provisoire d’État » mis en place durant la guerre d’indépendance. Elle siège à Tel-Aviv, dans les locaux du Keren Kayemet, ou au musée de la ville, dans ce qui était la maison de Dizengoff. Ce n’est qu’en 1950 que la Knesset déménagera à Jérusalem.

Knesset

La Knesset tire son nom et le nombre de ses députés (120) de la Knesset Haguedolah (littéralement « la Grande Assemblée »), conseil juif représentatif réuni à Jérusalem par Ezra et Néhémie au Ve siècle avant l’ère chrétienne.

Les députés sont élus pour un mandat de 4 ans, au scrutin proportionnel plurinominal (c’est à dire où le nombre de sièges à pourvoir est partagé en fonction du nombre de voix recueillies) et pour une seule circonscription nationale. Le seuil d’éligibilité est aujourd’hui de 3,25%. Il n’était que de 2% en 2006 et de 1,5% en 2003.

La Knesset est composée depuis 1949 de 120 députés. Il faut donc obtenir 61 voix pour être majoritaire et être en capacité de gouverner. Depuis longtemps ce seuil semble difficile à atteindre et le pays s’est habitué aux coalitions. La première ayant été formée au moment de la guerre des Six-jours, en 1967, quand Menahem Begin est entré dans un gouvernement majoritairement travailliste.

Liste des membres de la 24e Knesset (PDF)

A lire :

Interview // Meir Masri. 4ème élection en 2 ans : le système électoral israélien est-il dans l’impasse ?

Knesset (Parlement israélien) à Jérusalem

Knesset (Parlement israélien) à Jérusalem

La grande Menorah devant la Knesset, réalisée par le sculpteur allemand Benno Elkan

La grande Menorah devant la Knesset, réalisée par le sculpteur allemand Benno Elkan

 Hall Chagall אולם שאגאל. פסיפס הקיר בעיצובוו של האומן

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