Le jour où le vote de la honte s’est imposé à l’ONU

Le jour où le vote de la honte s’est imposé à l’ONU

Par Alain Herbeth

Le 10 novembre 1975, à l’occasion de sa 2400ème séance plénière, l’assemblée générale de l’ONU vote la résolution 3379. Elle est votée par une majorité absolue de 72 pays, parmi lesquels on compte l’Union soviétique, l’ensemble de ses pays satellites, mais aussi l’ensemble des pays arabes sans oublier les pays autoproclamés « non alignés » comme le Brésil, l’Inde ou la Yougoslavie. 35 ont voté contre, comme les États-Unis et la plupart des pays européens, à l’exception de la Grèce. La France, il faut le souligner, a voté contre. Enfin, 32 pays se sont abstenus, et parmi eux beaucoup de pays d’Afrique ou d’Asie.

Liste des pays ayant voté pour, contre ou s'étant abstenu lors du vote de la résolution 3779 de l'ONU du 10 novembre 1975

Liste des pays ayant voté pour, contre ou s’étant abstenu lors du vote de la résolution 3779 de l’ONU du 10 novembre 1975

 

Le sionisme [comme] une menace pour la paix et la sécurité mondiale

Que dit cette résolution ?1

Elle s’appuie sur une série de textes adoptés précédemment, notamment la résolution de l’ONU 3151 votée le 14 décembre 1973, qui condamnait « l’alliance impie (sic) entre le racisme sud-africain et le sionisme ». Elle rappelle également la déclaration de Mexico qui, en 1975, disait que « la coopération et la paix internationales exigent la libération et l’indépendance nationales, l’élimination du colonialisme, de l’occupation étrangère, du sionisme, de l’apartheid et de la discrimination raciale sous toutes ses formes ». Elle fait également référence à la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation de l’unité africaine qui, réunie à Kampala, en Ouganda, qui dénonçait « l’origine commune des régimes racistes en Palestine occupée, et en Afrique du sud », à savoir l’impérialisme. Elle évoque, enfin, la conférence des ministres des Affaires étrangères des pays « non alignés », réunie à Lima en août 1975, qui a « sévèrement condamné le sionisme comme une menace pour la paix et la sécurité mondiale et a demandé à tous les pays de s’opposer à cette idéologie raciste et impérialiste ».

 

Carte des pays en faveur ou contre l résolution 3779 de l'ONU du 10 novembre 1975

©commons Wikipedia

 

le colonel Kadhafi qualifie cette résolution de « triomphe du droit humain qui ouvre pour l’ONU une ère nouvelle »… Parole d’expert

Décidément, cette année 1975 a été riche en déclarations hostiles à Israël. En réalité, elles préparaient la résolution de l’ONU, censée dire quelle est la morale internationale, où est le camp du bien, ce qui justifie ainsi la négation d’Israël au nom de mensonges sans cesse répétés et amplifiés. Cette résolution a été saluée par l’ensemble des pays l’ayant votée. Notons la réaction particulièrement indigne de l’Union soviétique pour qui « la décision de condamner le sionisme comme une forme de racisme répond aux nombreuses attaques et agressions israéliennes, au génocide des Palestiniens et aux tentatives israéliennes de détruire la civilisation arabe. »2 Rien que ça ! Ne voulant pas être en reste, le colonel Kadhafi qualifie cette résolution de « triomphe du droit humain qui ouvre pour l’ONU une ère nouvelle »… Parole d’expert.

Un déferlement de haine a suivi le vote de cette résolution.

Le Parlement européen […] adopte à l’unanimité un texte dans lequel il exprime « sa consternation pour l’incompréhensible et absurde assimilation du sionisme au racisme ».

Haim Herzog, ambassadeur d'Israël à l'ONU ce 10 novembre 1975, déchirant le texte de la résolution 3779

Haim Herzog, ambassadeur d’Israël à l’ONU ce 10 novembre 1975, déchirant le texte de la résolution 3779

Il convient de saluer, dans ce contexte, et comme il le mérite, le geste de l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Haïm Herzog. Le vote acquis, il est monté à la tribune de l’Assemblée générale, le texte de la déclaration en main, puis l’a déchiré avec toute la rage qui était en lui (voir vidéo plus bas). Geste non diplomatique, certes, mais geste politique destiné à balayer l’infamie. Herzog ne fut pas le seul à protester. D’autres se sont déclarés « consternés », c’est le cas, en particulier, du Parlement européen qui, le 13 novembre 1975, trois jours après le vote onusien, adopte à l’unanimité un texte dans lequel il exprime « sa consternation pour l’incompréhensible et absurde assimilation du sionisme au racisme ». Pour l’ambassadeur américain, le vote de cette résolution représente un « acte infâme ». De façon prémonitoire, il ajoute  » Nous aurons plein de temps pour contempler le mal qu’aura fait cette résolution à l’ONU ». Il ne croyait pas si bien dire.

 

 

« l’assemblée générale décide de révoquer les dispositions contenues dans sa résolution 3379 du 10 novembre 1975 »

En 1991, l’infamie est effacée

Le 16 décembre de cette année-là, la résolution 4686 abroge définitivement la résolution 3379 votée en novembre 1975 par 111 voix pour, 25 contre et 13 abstentions (15 absents). C’est une des résolutions les plus courtes de l’histoire de l’ONU, elle tient en une seule phrase : « l’assemblée générale décide de révoquer les dispositions contenues dans sa résolution 3379 du 10 novembre 1975 ».

1991 n’est pas n’importe quelle année, c’est l’année de la chute définitive (encore qu’il ne faille pas se prononcer trop vite) de l’Union soviétique, commencée quelques années plus tôt avec la chute du mur de Berlin. Mais c’est aussi l’année où s’organise la conférence de la paix à Madrid. Israël accepte d’y participer, mais à une seule condition : l’abrogation de la résolution votée en 1975. Cette demande est vigoureusement appuyée par le président des États-Unis, George Bush senior qui saura emporter la décision.

Il est déplorable que l’assemblée générale ait adoptée en 1975 une résolution dans laquelle elle assimilait sionisme et racisme et je me félicite qu’elle soit revenue sur sa position (Kofi Annan)

En 2004, Kofi Annan, Secrétaire général des Nations-Unies, salue cette abrogation au moment de l’ouverture de la première conférence des Nations-Unies sur l’antisémitisme : « Force est de constater, dit-il, que les actions de l’ONU en matière d’antisémitisme n’ont pas toujours été à la mesure de ses idéaux. Il est déplorable que l’assemblée générale ait adoptée en 1975 une résolution dans laquelle elle assimilait sionisme et racisme et je me félicite qu’elle soit revenue sur sa position ».

Le rideau pourrait sembler tiré, mais on sait avec quelle vigilance l’ONU observe les manquements au droit et à la démocratie dans le monde entier…47 ans après le vote de la résolution 3379, Israël demeure la cible privilégiée de la majorité des résolutions de l’ONU. Gagnées par des décennies de propagande, des ONG s’y sont mises. Amnesty International a publié un rapport en février 2022 dans lequel elle réitère l’amalgame de 1975, le réactualise et surtout l’amplifie. Selon les termes de l’ONG fondée en 1961, « Israël est un État d’apartheid qui commet des crimes contre l’humanité envers la population palestinienne »3

***

Discours de Haïm Herzog (père de l’actuel président Isaac Herzog), ambassadeur d’Israël à l’ONU, avant le vote de cette résolution. Il souligne l’ironie de cette résolution prise le 10 novembre 1975, 37 ans jour pour jour après la nuit de cristal, advenue le 10 novembre 1938.

Le discours d’Herzog va jusqu’à la 3’21, puis on voit d’autres ambassadeurs intervenir dans un débat très clivé, et des points de vue divergents sur ce qu’est le sionisme, l’antisionisme, l’anti-judaïsme. Finalement, les choses n’ont pas tellement changé depuis 1975 !

Anglais, 14 minutes (Discoures de Herzog jusqu »à 3’21, puis débat)

 

Notes

1 cette résolution n’est plus consultable sur le site de l’ONU. On peut la lire sur le site du Ministère israélien des Affaires étrangères (en anglais)

2 L’URSS qui d’ailleurs est à l’origine de tous ces slogans. Lire « ”Israël – État d’apartheid”, Étapes de l’élaboration d’un mythe »

3 Voir notre dossier Apartheid

 

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