Irak : appel à la paix avec Israël (suivi de menaces)

Irak : appel à la paix avec Israël (suivi de menaces)

312 leaders et activistes irakiens, sunnites et chiites, femmes et hommes, ont appelé publiquement à une normalisation des relations avec Israël. Cet appel, lancé le 24 septembre dernier depuis la ville d’Erbil, dans le Kurdistan en Irak, est un fait sans précédent dans ce pays, même si des contacts et des voyages de leaders locaux irakiens en Israël ont déjà eu lieu (en 2019 notamment).

« Nous demandons que l’Irak rejoigne les Accords d’Abraham » a écrit Wissam al-Hardan, un jeune leader tribal, dans le Wall Street Journal. Il qualifie l’expulsion des Juifs d’Irak « d’acte le plus infâme ayant contribué au déclin du pays », et rejette « l’hypocrisie de certains Irakiens qui parle chaleureusement des Juifs irakiens tout en dénigrant leur citoyenneté israélienne et l’État d’Israël qui leur a accordé l’asile ».

Pour lui, les Accords d’Abraham signés le 15 septembre 2020 entre les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn et Israël (et depuis élargis à d’autres pays musulmans, le Soudan et le Maroc) représentent un espoir de « paix, de développement économique et de fraternité ».

Discours du Dr Sahar al-Ta’i, le 24 septembre 2021 à Erbil (Irak),  appelant à la normalisation avec Israël

Sahar Al-Ta’i, fonctionnaire au ministère irakien de la Culture, voit les participants à ce projet comme des « pionniers », les « premières graines ». Elle veut transformer les mots en action (tout commence par des mots), et propose la création de 8 comités :

  • comité pour connecter les communautés irakiennes, et notamment l’ancienne communauté de Juifs irakiens qui vivent maintenant en Israël et en Occident
  • comité de commerce et d’investissement, dans le cadre des accords d’Abraham qu’elle souhaite voir l’Irak rejoindre
  • comité de réforme de l’éducation, pour retrouver l’histoire complète et objective de l’Irak
  • comité législatif, pour révoquer les lois anti-normalisation (des lois criminalisent tout contact avec des Israéliens) et pour créer de nouvelles lois favorisant les relations entre les deux peuples, irakien et israélien
  • comité de communication de paix, impliquant médias et spécialistes pour mettre en place des programmes pour soutenir des mentalités de « faiseur de paix »
  • comité de coopération culturelle pour promouvoir les échanges artistiques
  • comité pour la santé, pour aider l’Irak dans ses défis sanitaires, Covid-19 en tête, mais pas seulement
  • comité pour exporter la paix, chargé de propager ces idées auprès des autres mouvements dans les pays arabes et musulmans recherchant la paix avec Israël.
Assemblée réunie le 24 septembre 2021 à Erbil au Kurdistan pour appeler à la normalisation avec Israël (copie d'écran)

Assemblée réunie le 24 septembre 2021 à Erbil au Kurdistan pour appeler à la normalisation avec Israël (copie d’écran)

Elle déclare qu’Israël « est une part indissociable du monde » (ce qui peut paraître évident, mais ne l’est pas du tout dans le monde arabe et musulman), et « il est devenu indispensable de reconnaître Israël comme une nation amie », d’autant que près de « 500.000 Israéliens sont d’origine irakienne » selon elle. Ce chiffre est sans doute exagéré – ils sont environ 220.000 Israéliens d’origine irakienne-, Logo du Center for Peace Communications (ONG)mais selon un recensement ottoman de 1917, les Juifs représentaient la deuxième communauté de la seule Bagdad, soit 40 % de sa population. Ils étaient également nombreux dans le Kurdistan.

La conférence d’Erbil était organisée par le Centre de Communication pour la Paix. Cette ONG américaine a pour objectif de faire grandir les forces de réconciliations au sein de la société civile, que ce soit entre différentes factions d’une même nation ou bien entre mouvements nationaux opposés. L’idée étant que ce socle au sein de la population puisse légitimer gouvernants pour passer de l’hostilité à de nouvelles relations constructives.

Malheureusement, le haut de la pyramide est plus long à ébranler que la base. Si les appels à cette conférence ont été bien accueillis en Israël, notamment par le ministre des Affaires étrangères Yaïr Lapid, il n’en va pas de même de l’appareil étatique irakien. Le gouvernement de Bagdad a émis des mandats d’arrêt à l’encontre de 3 figures publiques ayant appelé à une normalisation avec Israël : Sahar al-Ta’i, du ministère de la Culture, Wissam al-Hardan, du mouvement « Iraqi awakening », et l’ancien parlementaire Mithal al-Alusi (qui s’était déjà rendu en Israël auparavant). Le gouvernement irakien a en outre déclaré qu’il poursuivra tous les participants à cette conférence une fois leur identité clairement établie.

 

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