Jules CAMBON (1845-1935)

Jules Cambon était Ministre des Affaires étrangères en 1917, écrivit une lettre(1) à Nahum SOKOLOV, Secrétaire général de l’Exécutif Sioniste, qu’on a pu appeler la «déclaration Cambon »,  à l’image de la célèbre lettre à Lord Rothschild qu’on nomme toujours « Déclaration Balfour » (2 novembre 1917). Dans sa lettre, le Ministre déclare : « … Le gouvernement français… qui poursuit la lutte pour assurer le triomphe du droit sur la force, ne peut éprouver que de la sympathie pour votre cause – le foyer national juif en Palestine – dont le triomphe est lié à celui des Alliés… »

Justin GODARD (1871-1956)

Cet avocat fait une carrière politique dans la mouvance radicale-socialiste. D’abord maire de Lyon, puis député et sénateur du Rhône. Il fonde en 1918 la Ligue contre le cancer. C’est un Résistant de la première heure puisqu’il fut de ceux qui refusèrent les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Il est l’initiateur de la création de « France-Palestine – Amis du Sionisme », réunissant autour de lui une première « équipe » et l’Assemblée Générale Constitutive du mercredi 23 décembre 1925(2) qui se tint à son domicile, 9 Quai Voltaire à Paris, premier siège de l’association. Il en fut élu le premier Président. Son intérêt et son affection pour les Juifs palestiniens et leur œuvre en Terre d’Israël ne se démentirent jamais. Il fut nommé « Juste parmi les Nations » en 2003.

Paul APPELL (1855-1930).

Mathématicien, il avait été l’un des experts qui, mandaté lors de la révision du procès du capitaine Dreyfus, avait prouvé scientifiquement que le tristement fameux « bordereau » ne pouvait être de la main de celui-ci. Connu également pour ses qualités d’organisateur, alors qu’il était Doyen de la Faculté des Sciences de Paris, le gouvernement lui confia la mise en place, en 1914, du « Secours National » chargé d’aider les femmes, les enfants, les vieillards dans le besoin, puisque privés de leur soutien « naturel », les hommes mobilisés. Élu en 1920 Recteur de l’Académie de Paris, il mit sur pied, avec l’aide de donateurs généreux (dont Albert Kahn), son projet de construction de la Cité Universitaire à Paris. Ami de BERGSON, il tenta de faire appliquer avec l’aide du ministre de l’Instruction publique Léon BÉRARD, les idées du philosophe en matière de réformes scolaires. Il fut membre de l’Académie des Sciences (1892).

Myriam HARRY (1875-1958).

Romancière, née à Jérusalem, d’un archéologue juif russe et d’une diaconesse allemande, elle passa son enfance dans ce qu’on appelait alors la Palestine ; puis elle fit des études à Londres, à Berlin et enfin à Paris. La plupart de ses romans (La Petite fille de Jérusalem – 1914 ; Siona chez les Barbares – 1918 ; Le Petit Prince de Syrie – 1929) sont largement autobiographiques. Elle fut la première titulaire du Prix Femina. Grande voyageuse, elle parcourut l’Afrique, le Proche et l’Extrême-Orient.

Henri HERTZ (1875-1966).

Homme de lettre et journaliste. Il écrivait dans Le Mercure de France, la Revue Blanche, puis après la Première Guerre Mondiale(3) dans la revue Europe. Quoique symboliste par goût, il fut ouvert à tous les courants littéraires (surréalisme, dadaïsme). Il obtient en 1928 le prix Mallarmé pour l’ensemble de son œuvre. Ami d’Apollinaire, de Max Jacob, de Romain Rolland, de Jean Cassou, il commença à s’intéresser au « problème juif » lors de l’Affaire Dreyfus ; puis en 1917, il adhéra à la Ligue des Amis du Sionisme fondée par le poète André Spire. Il participe à la Résistance et en 1945, il fonde l’Union des Intellectuels juifs de France. De même que l’Affaire Dreyfus l’avait amené à sortir de sa réserve par rapport au judaïsme tel qu’on le concevait (comme les autres religions) dans la France laïque, la Seconde Guerre Mondiale l’aura convaincu que cette appartenance est « pour les autres » un particularisme. Il fut le premier Secrétaire Général de France-Palestine – Comité des Amis du Sionisme.

Paul LANGEVIN (1872-1946).

Physicien. Issu d’un milieu modeste, il est un « modèle » évident à son époque de la valeur de l’école « républicaine » créée par les lois de 1881. Élève d’un E.P.S (filière « courte » de l’enseignement qui amenait à la vie professionnelle), ses capacités scientifiques lui permettent d’être reçu premier à 16 ans, à l’École de Physique et Chimie de Paris. De même qu’il est reçu premier à l’École Normale Supérieure, ce qui lui ouvre l’accession à l’agrégation de Sciences Physiques et au Doctorat d’État en 1902. Professeur au Collège de France, il succède à Pierre Curie comme professeur dans sa première « École » supérieure dont il deviendra Directeur. D’une culture scientifique inépuisable, il crée la technique de production des ultra-sons qui permit, lors de la Première Guerre Mondiale, la détection des sous-marins ennemis. Membre de l’Académie des Sciences (1934).

Paul LAPIE (1869-1927).

Agrégé de philosophie, professeur aux lycées de Tunis et de Pau, puis aux facultés des Lettres de Bordeaux, Rennes et Toulouse dont il devient Recteur, il est appelé au Ministère de l’Instruction Publique comme Directeur de l’Enseignement primaire, où toujours dans le respect de l’idéal laïque de ses prédécesseurs du XIXe siècle, il s’efforce d’adapter celui-ci aux réalités du XXe siècle. Recteur de l’Académie de Paris en 1925 (il y succède à Paul Appel). Sa thèse de doctorat intitulée « La logique de la volonté » fait de cette dernière un mode de l’intelligence, théorie qu’il développera, fort de son expérience « sur le terrain » dans son œuvre maîtresse Morale et pédagogie (1927). [/read]

Paul PAINLEVÉ (1863-1933).

Mathématicien. Après avoir soutenu un doctorat es-sciences, il est nommé maître de conférences à la Sorbonne et un peu plus tard professeur à l’École Polytechnique. Son attirance pour l’aviation moderne naissante (il sera le premier passager des «aéronefs » des frères Wright et de Henri Farman) en fait le théoricien de celle-ci ; et en 1909, il crée un cours de mécanique de l’aviation à l’École d’Aéronautique également débutante.
Attiré aussi par la politique, il est élu député de Paris en 1910, et en 1915, Ministre de l’Instruction Publique chargé en particulier de « …. La mise en œuvre des inventions intéressant la défense nationale… » ; ce qui le conduit en 1917 à un poste plus « spécialisé », Ministre de la Guerre qu’il conservera lorsque lui sera confié celui de Président du Conseil, et qu’il retrouvera « … presque sans interruption… » de 1925 à 1929 ; et c’est en 1925 qu’il devient le premier ministre français « de l’Air ». Membre de l’Académie des Sciences depuis 1900, il est incontestablement le chercheur et l’homme politique qui fut à l’origine des progrès rapides de l’aviation.

Maurice RAVEL (1875-1937).

Le musicien le plus joué dans le monde après Mozart. Il est l’auteur, au milieu de son abondante création, d’un kaddish et de mélodies hébraïques. Cette incursion dans une « musique dégénérée » – selon la terminologie nazie – lui valut d’être classé par un écrivaillon allemand comme « juif ». Ce qui l’obligea, contrairement à ses principes moraux, d’écrire, peu de temps avant sa mort à ce plumitif, qu’il était catholique, baptisé dès son premier mois, et issu, à sa connaissance, de famille catholique.

André SPIRE (1868-1966).

Poète venu de la haute fonction publique, docteur en droit, il fut auditeur au Conseil d’État et inspecteur général du Ministère de l’Agriculture. Son « parcours » sioniste est assez semblable à celui de Henri Hertz, déclenché par les remous de l’Affaire Dreyfus. C’est lui qui, grâce à ses œuvres littéraires, a fait entrer la culture juive comme composante de la littérature française.

Charles GIDE (1847-1932).

Professeur d’économie politique a la Faculté de Droit successivement à Bordeaux, Montpellier et Paris, puis au Collège de France et à l’École Supérieure de Guerre, il fut le fondateur de l’école coopératiste. Malgré son importance scientifique, son neveu André est aujourd’hui plus connu du grand public que lui.