Ouest France : l’art de la coupe

Ouest France : l’art de la coupe

Ouest France, qui est un très bon journal, continue sa dérive dans le militantisme quand il s’agit d’Israël. Dépités de cette tendance, des lecteurs nous adressent leur courrier, qui, quand il est publié, est systématiquement coupé ou transformé. Enfin quand il s’agit de rétablir quelques réalités concernant Israël. Car le courrier de propagande, lui, tient bonne place, in extenso et avec photo.

Logo InfoEquitableInfoEquitable a récemment traité ce sujet (lire) à propos de la campagne médiatique anti-israélienne sur le thème de la non vaccination des Palestiniens (nous avons déjà traité ce sujet ici).

En résumé : Ouest France publie le 15 février 2021 un article « Covid-19. Quels pays sont les plus avancés dans leurs campagnes de vaccination ? ». Il évoque forcément Israël, et cite un passage du journal Les Échos (image 1). Or entre temps, les Échos ont corrigé leur article, n’imputant plus à Israël la responsabilité de la vaccination es Palestiniens qui incombe à l’Autorité palestinienne (image 2). Ouest France ne corrige pas. Mais suite à l’article d’InfoEquitable, le quotidien réagit. Au lieu de corriger la faute en s’inspirant des Echos, la rédaction de Ouest France fait ce choix surprenant : il enlève tout bonnement le passage (image 3). Et ne fera aucun correctif pour ses lecteurs, à qui il ne faudrait tout de même pas fournir un article trop positif sur Israël – ou trop négatif sur les Palestiniens.

 

Le procédé de coupe est du reste assez coutumier dans la presse, notamment dans les rubriques « opinion ». Mais c’est en général pour rentrer dans les clous de la pagination, pas pour dissimuler un fait ou transformer les propos.

Un lecteur assidu de Ouest France, Claude Casado, nous a adressé son courrier et ce qu’il en est paru au Courrier des lecteurs le 26 novembre 2020.

 

Mais qui écrit ? Est-ce le « Courrier des lecteurs », ou bien le « Courrier de la rédaction » ?

Voici ce que cela donne, avec en barré les coupes faites par Ouest France, et leurs rajouts (!) en italiques.

« Le mois dernier, un lecteur d’Ouest-France prônait le boycott d’Israël dans le Courrier des Lecteurs. Je voulais signaler que le boycott d’Israël est illégal susceptible de sanctions. Le 9 septembre dernier, l’organisation BDS France-Montpellier (Boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël) a été jugée coupable et condamnée par le tribunal de Montpellier à 150€ d’amende et à la confiscation de matériel. La violence des slogans, les appels à la haine contre Israël ont ainsi été condamnés. Les temps que nous vivons sont suffisamment troublés et difficiles pour ne pas encore ajouter à la division des Français et à la stigmatisation d’une communauté juive victime d’un antisémitisme et d’un antisionisme virulents. »

Mais qui écrit ? Est-ce le « Courrier des lecteurs », ou bien le « Courrier de la rédaction » ? Si c’était pour gagner de la place, pourquoi Ouest France aurait fait ces ajouts pour développer le sigle BDS, minimiser le jugement à son encontre, et même modifier littéralement le sens des mots (« illégal » remplacé par « susceptible de sanctions ») ? Si Ouest France est si tatillon sur les mots, il faudra nous expliquer l’utilisation récurrente du terme apartheid pour Israël.

Ce biais anti-israélien pris depuis plusieurs années n’est pas anecdotique. Il est, caractérisé, systématique. Outre la disproportion d’articles à charge contre Israël, Ouest France est devenu une vitrine de mouvements pro-palestiniens auxquels elle ouvre grand ses rubriques.

Ouest France va réagir très vite pour publier le 1er décembre 2020 la lettre d’une lectrice, Marie-Noël Blavet, que le journal intitule « Libre de protester contre la politique de l’État d’Israël » (ce que personne ne lui conteste).

« Je fais suite au courrier du lecteur qui s’indigne de l’action de BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions envers Israël)(OF du 26.121). Il ne s’agit en aucun cas d’un appel à la haine envers Israël, mais d’attirer l’attention des citoyens sur la politique de cet État qui est un État d’apartheid envers les Palestiniens [c’est nous qui soulignons] : destruction de maisons, colonisation dans les territoires palestiniens, incarcération d’enfants etc. Dans son arrêt du 11 juin 2020, la Cour européenne des droits de l’homme déclare « L’appel au boycott de produits originaires d’un État en vue de protester contre la politique de ce pays est protégée par la liberté d’expression dès lors qu’il ne dégénère pas en un appel à la violence, à la haine ou à l’intolérance. Les militants pro-palestiniens qui soutiennent cette action n’appellent pas à la violence mais au respect du droit international. »

Dans la catégorie « ajout », Ouest France aurait pu parler de la circulaire que le ministre de la Justice, Eric Dupont-Moretti, a adressé le 20 octobre 2020 à tous les parquets, selon laquelle les campagnes de boycott contre les produits israéliens constituent un délit de discrimination à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une nation. Cette circulaire invite les procureurs à poursuivre les militants du BDS.

Face aux accusation d’apartheid de Marie-Noëlle Blavet, un autre lecteur réagit. Magnanime, Ouest France publie la lettre d’Yves Jaouen le 23 décembre 2020.

Transcription : « La musique, un facteur de paix au Proche-Orient. Une lectrice dit, en appelant au boycott, se vouloir « libre de protester contre la politique d’Israël » (OF du 1er décembre). Il me semble préférable de construire des passerelles entre les uns et les autres. Un bon exemple parmi d’autres en est le musicien israélien Daniel Barenboïm s’alliant à l’écrivain palestinien Edward Saïd pour porter ensemble un groupe musical pour la paix avec la tournée WED Orchestra qui a remporté un immense succès. »

La censure est passée par là ! Certes, la lettre originale était longue. Mais cette partie, gentillette certes, répond-elle vraiment aux accusations d’apartheid ? Était-ce bien le message principal du courrier de M. Jaouen ?

Apartheid, dites-vous pour Israël. Apartheid, vraiment ?

Voici son courrier in extenso.

Extraits :

« Dans ce courrier, une lectrice dit, en appelant au boycott, se vouloir « libre de protester contre la politique d’Israël ». Qui donc le lui interdit ? Israël est bien plus critiqué que nombre d’états et les Israéliens sont les premiers à le faire. […]

On a généralement des idées fausses sur ce pays. […] la langue arabe est partagée avec l’hébreu sur les billets de banque, les panneaux de signalisation… ; à l’hôpital Hadassah de Jérusalem,les chefs de clinique, médecins et patients arabes sont aussi nombreux que les Juifs. Le dirigeant palestinien, Saeb Erekat, mort dernièrement, avait d’ailleurs fait le choix d’y être soigné.

Apartheid, dites-vous pour Israël. Apartheid, vraiment ? N’y a-t-il pas un juge arabe à la Cour Suprême ? 1/3 des députés à la Knesset sont arabes [ils sont en réalité 14%], bien que ne représentant que 20 % de la population. Ils ont un pouvoir de résolution, d’obstruction en égalité de droits bien que critiquant ouvertement le gouvernement et la nation elle-même, la totale liberté de parole étant la loi en Israël. […] Par ailleurs, un sondage récent du New Wave Research Institute indique que […] 73 % des Arabes se disent appartenir à l’état hébreu et 60 % affirment être fiers d’être israéliens.

[…] Je peux témoigner en avoir vu des boycotteurs, vociférant leur haie du seul pays de la planète qu’ils maudissent, vous insultant de surcroît si vous n’êtes pas d’accord. Car de quel côté est la haine quand on boycotte des universitaires, des chercheurs, des écrivains comme Boualem Sansal (coupable d’avoir participé au Salon du Livre en Israël), Karim Akouche et des dizaines d’autres…, d’artistes comme Michel Boujenah parce que désigné comme pro-sioniste alors qu’il milite pour la Paix […]. Des imams ouverts et tolérants sont aussi menacés de mort, comme Hassen Chalghoumi, sous protection policière permanente, persécuté pour avoir emmené un groupe de jeunes musulmans constater la réalité du pays et dialoguer. »

 

« Une idée simple, mais fausse, aura toujours plus de poids dans le monde qu’une idée vraie mais complexe » disait Tocqueville. C’est sans doute pourquoi Ouest France expurge le courrier des lecteurs qui défendent une vision équilibrée d’Israël, et lui préfère une bonne accusation d’apartheid. En bon militant, tout ce qui ne cadre pas avec la réalité qu’il s’est construite est évacué.

Ouest France est le quotidien le plus lu en France, devant tous les quotidiens nationaux

En revanche, Ouest France n’oublie pas de faire suivre un courrier jugé trop favorable à Israël par un « contre-courrier ». C’est ainsi qu’à un courrier du 14 décembre 2020 de Bernard Breheret, Marie-Noëlle Blavet est republiée le 2 janvier 2021. Breheret témoigne de ses deux voyages en Israël et en Cisjordanie, de ses rencontres avec des Palestiniens qui l’exhortent à délivrer ce message à son retour en France : « ne boycottez pas les produits israéliens, car cela concerne nos emplois ».

Ouest France publie dans le Courrier des lecteurs la lettre de Marie-Noëlle Blavet, mais sous un format un peu particulier : cela ressemble à s’y méprendre à un article du journal, avec

      • un titre « Boycott d’Israël : quels effets ? »,
      • un sous-titre « International. « Les actions du BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) bénéficient-elles à la cause palestinienne ? » »,
      • une grande photo couleur dont la légende répond d’emblée à la question posée en sous-titre : « Les nuisances sur l’économie palestinienne proviennent des restrictions imposées par Israël ».

« L’article » est consultable en ligne. Avec des accusations (« Les nuisances sur l’économie palestinienne proviennent de la colonisation et des restrictions imposées par Israël, et non du mouvement BDS ») qu’il nous serait facile de démonter, mais ce n’est pas l’objet de cet article.

Marie-Noëlle Blavet est membre de l’association France-Palestine Solidarité de Saint-Brieuc (L’AFPS étant membre de BDS), et elle est régulièrement relayée par Ouest France, y compris à travers des articles de la rédaction (ici et par exemple).

Toute régionale qu’elle soit, qu’on ne minimise pas l’impact de cette presse-là. Ouest France est le quotidien le plus lu en France, devant tous les quotidiens nationaux, distribué dans 12 départements : Bretagne, Normandie, Pays de la Loire et Paris. Avec la chute des ventes papier, le groupe Ouest France se positionne encore fort bien, puisque sa plateforme internet se classe 4ème des médias d’actualité les plus visités en France, avec 189 millions de visites par mois.

Tout en se défendant (presque) toujours d’avoir une quelconque influence sur le développement de l’antisémitisme en France, les journalistes savent très bien orienter l’opinion par leurs choix éditoriaux. Même s’il faut pour cela soutenir la supercherie et le mensonge, et tordre le cou à l’éthique journalistique. Que risquent-ils après tout ? Pas grand-chose…Certains médias ont contribué à fabriquer une image calomnieuse d’Israël, et les conséquences sont lourdes au Proche-Orient comme en France.

D’un mensonge à un autre, il n’y a qu’un pas, et bien sûr l’accusation de torture (sur enfant, ça porte mieux) n’est jamais loin. La photo ci-dessous a été prise à Paris en février 2021 et n’a rien à voir avec Ouest France. Sauf qu’à relayer de la propagande, il ne faut pas s’étonner que de tels slogans ne choquent (presque) plus personne.

Propagande anti-israéliennePropagande anti-israélienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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