Des poubelles aux véhicules blindés : la formidable épopée du Kibboutz Sasa

Des poubelles aux véhicules blindés : la formidable épopée du Kibboutz Sasa

Panneau signélitque indiquant le kibboutz Sasa en anglais, arabe et hébreuLe kibboutz Sasa est niché à quelque 850 mètres d’altitude, dans le nord de la Galilée, à 3 km de la frontière libanaise. C’est un kibboutz qui aurait Plan Google map d'Israël avec localisation du kibboutz Sasapu, comme tant d’autre, soit péricliter, soit se privatiser. Mais ses kibboutzniks ont pris un tout autre tournant. Habitué à l’adversité – à quelques encâblures des tirs du Hezbollah, et avec la traditionnelle « Hutzpa » (culot), ils ont su prendre des risques et des tournants décisifs. Ils sont ainsi passés de l’agriculture aux poubelles, pour finalement tenter l’essai dans le blindage de véhicule. Essai transformé, puisque qu’aujourdh’ui, ce kibboutz a une économie viable, prospère et – last but not least- n’a pas perdu son âme : le kibboutz est resté collectiviste, et ses kibboutzniks toujours aussi simples, solidaires et amicaux.

Interview de Yaël Halimi, responsable marketing à l’usine Plasan (responsables des licences d’exportation et des liens avec la France).

Comment Plasan, l’usine du kibboutz Sasa, est-elle passée des poubelles aux véhicules blindés ?
Le kibboutz cherchait une activité industrielle, car c’était dur de vivre sur l’agriculture. On trouvé le créneau des poubelles et on a acheté un brevet pour faire des objets en plastique. Cela n’a pas très bien marché. A cette époque, il y avait beaucoup de soucis à la frontière libanaise, de nombreux soldats Logo de Plasanblessés (1985-89). Le général responsable de la zone frontalière Nord vivait à Sasa. Quand il a vu la technologie des plastiques que l’on utilisait, il a demandé si cela pouvait avoir des applications pour protéger les soldats. Celui qui dirigeait l’usine à l’époque (c’est encore lui du reste), Dan Ziv, a alors engagé un ingénieur balistique. Au départ, il s’agissait de plaques pare-balles pour les gilets. Mais la technologie du plastique s’est avérée non adaptée à la protection pare-balles. L’ingénieur a donc proposé une autre technologie qui a conduit à produire des plaques balistiques. Le kibboutz a investi dans un nouvel équipement, avec la prise de risque que cela comporte, les emprunts etc.

Cela a-t-il fonctionné ?
Jusqu’en 2002, cela ne marchait pas très bien : le marché de la protection personnelle a de nombreux concurrents, il était difficile de se faire une place. Nous avons eu des moments de doute, avec tant d’investissements et l’argent qui ne rentrait pas. Certains voulaient arrêter, mais ils n’étaient pas majoritaires, et nous votions finalement pour continuer l’expérience.

 » L’armée [américaine] a dit qu’elle donnerait le contrat à l’entreprise qui serait prête à fournir des blindages pour ses camions MTVR. Dan a montré une photo d’un véhicule et a dit qu’il était prêt. En fait il s’agissait d’un prototype et rien n’était prêt. « 

 

Plasan vehicule blindé

Plasan vehicule blindé

Quel a été le tournant ?
C’est alors que nous nous sommes intéressés à la protection de véhicules. Nous avons eu un 1er contrat en 2002 avec la Grèce pour améliorer le blindage de véhicules Hummer de transports de troupe. Le vrai tournant a eu lieu en 2005. L’armée américaine, avec la guerre en Irak, subissait de lourdes pertes humaines, surtout dans le secteur logistique. Le directeur de l’usine, Dan Ziv, est allé aux États-Unis pour répondre à un appel d’offre. L’armée a dit qu’elle donnerait le contrat à l’entreprise qui serait prête à fournir des blindages pour ses camions MTVR1. Dan a montré une photo d’un véhicule et a dit qu’il était prêt. En fait il s’agissait d’un prototype et rien n’était prêt. Mais nous avons eu le contrat. On a travaillé dur pour honorer le contrat, ce n’était pas gagné !

 

 » Notre plus grande satisfaction est de recevoir des photos de soldats américains qui nous remercient de leur avoir sauvé la vie ! « 

Ensuite, en 2008, nous avons eu un deuxième gros contrat avec l’armée américaine toujours, pour équiper des camions de transports MRAP2, puis un autre en 2010 pour les véhicules américains en Afghanistan.

 

Ambulance 4x4 SandCat équipé de la plateforme modulaire blindée Plasan

Ambulance 4×4 SandCat équipé de la plateforme modulaire blindée Plasan

Véhicule équipé du système de défense Plasan contre les roquettes RPG et contre les mines

Véhicule équipé du système de défense Plasan contre les roquettes RPG et contre les mines

 

Notre plus grande satisfaction est de recevoir des photos de soldats américains qui nous remercient de leur avoir sauvé la vie ! En effet, nous faisons des cabines blindées sur-mesure, de sorte que quand un véhicule explose sur une mine (ou par un missile), il ne reste plus rien, que la cabine blindée et son équipage.

Vue depuis le kibboutz Sasa

Vue depuis le kibboutz Sasa

Comment le kibboutz Sasa a-t-il vécu cet enrichissement ?
Durant de nombreuses années, on vivait uniquement sur l’agriculture, ce n’était pas brillant, même si on n’était pas malheureux. On avait une allocation pour le nécessaire – s’habiller, la scolarité etc. -, mais on ne pouvait se permettre de se payer un billet d’avion par exemple !
Quand on a eu un peu d’argent à partir de 2005, on a commencé à réfléchir ce qu’on voulait faire pour la communauté, et pour que le kibboutz reste communautaire, dans l’idée première du kibboutz où chacun apporte ses revenus dans la caisse centrale pour redistribution de façon équitable, indépendamment de ce que chacun met apporte.

Nous prenons nos décisions en commun lors d’assemblées générales, et après avoir écouté les divers comités qui planchent sur les sujets et font 2 ou 3 propositions. Chacun a une voix égale.

Nous avons décidé de ne pas privatiser le kibboutz, mais de faire plusieurs améliorations :

Logo kibboutz Sasa

Logo kibboutz Sasa

– Augmenter les retraites qui étaient très basses.
– améliorer les infrastructures (enterrer l’électricité dans tout le kibboutz ; enterrer les câbles de téléphones – nous avions souvent des coupures d’électricité auparavant lors d’orages ; amélioration de l’évacuation des eaux etc.).Kibboutz Sasa, Beit rishonim (maison fondatrice)
– transformer la cuisine centrale qui n’était plus aux normes et la salle à manger (on y mange les midis, le shabbat – vendredi soir-, les fêtes et certains y mangent le matin) qui était vieillotte.
– nouvelles maisons, plus modernes et plus grandes, pour tous.
– En 2010, on a distribué des dividendes aux membres du kibboutz. C’était la première fois que l’on avait de l’argent personnel.

 

Le confort a changé, mais notre mode de vie demeure inchangé.

Avez-vous des contrats avec la France ?
Nous avons acheté une entreprise en France, AMEFO, en Saône-et-Loire. Ils sont spécialistes en métallurgie et travaillent les blindages en métal. Plasan travaille quant à elle des matériaux composites, sorte de sandwich en céramique, tissu, métaux etc.
Nous sommes présents parfois au salon du Bourget, mais plus généralement à Eurosatory.

Combien de personnes travaillent à Plasan ?
Plasan est une entreprise qui travaille par projet. Lors de grosses commandes, nous pouvons être jusqu’à 1300 employés, et nous recrutons alors du personnel dans toute la Galilée, et même au-delà. Il est arrivé que nous devions produire 1000 cabines blindées par mois, en kit ! Aujourd’hui nous sommes 450 employés. Il y a environ 80 employés dans l’usine française, et une centaine dans une autre firme américaine.

Vous ne travaillez qu’avec l’armée ?
Avec la police aussi. Nous proposons des solutions de A à Z et sur-mesures, après écoute du besoin du client.Nous sommes soumis à autorisation du ministère de la Défense, et aussi certains pays sont sous embargo.

Comment testez-vous le matériel ?
Nous le testons et faisons des démonstrations à nos clients dans le désert du Néguev, le seul endroit où on peut faire exploser une véhicule sans déranger à la ronde !

De quand date la création du kibboutz ? De l’usine ? Quelles sont les autres activités du kibboutz ?
Logo Sasa SoftwareLe kibboutz a été fondé en janvier 1949, et l’usine Plasan en 1985.
Nous avons également dans le kibboutz 2 autres entreprises :
• Sasa Software : programmes de protection pour ordinateurs
• Buza (« glace » en arabe) : production de glaces à manger et vente dans plusieurs succursales en Israël, en collaboration avec un village arabe (Tarchira, près de Sasa) où

Logo des glaces Buza

Logo des glaces Buza

nous y avons un associé
Sasa Tech, entreprise de produits d’entretien ménager, a été revendu et nous avons gardé 24% des titres.
Et nous avons encore l’agriculture autour du kibboutz : pommes, kiwi, avocats, légumes, noix de pecan (dans la vallée du Hula), des vaches laitières et un élevage de poulet.
Enfin, nous avons du tourisme  avec Edgar bahar, de l’accrobranche, plus une école primaire régionale et un lycée régional.

Il y a une tombe signalé dans le kibboutz. De qui est-elle ?
La tombe est celle de Rabbi Sisi, dont on ne sait pas grand-chose outre le fait qu’il était le père de Rabbi Levy Bar Sisi, plus connu pour avoir été nommé juge par Yehuda Hanasi, vers 135-200 après J.-C. Dans toute la Galilée il y a énormément de tombes de tsadikim (« Justes).

Comment vivez-vous la proximité avec le Liban ? Avez-vous vécu des épisodes difficiles ?

On fait l’autruche. On ne peut pas vivre en se cassant la tête tout le temps. On est obligé de filtrer, de continuer à vivre normalement. Les anciennes maisons n’avaient pas mamad (d’abri personnel). Il fallait aller à l’abri collectif. Les nouvelles maisons en sont équipées.

 

Notes

1- Medium Tactical Vehicle Replacement
2- Mine Resistant Ambush Protected

 

 

 

 

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One thought on “Des poubelles aux véhicules blindés : la formidable épopée du Kibboutz Sasa”

  1. Bernice Dubois dit :

    L’histoire de ce kibboutz m’a fait un plaisir énorme. J’avais passé l’été de 1949 à Bet Hashitta edans le Emek. Je pensais à l’époque passer ma vie dans un kibboutz, mais j’étais encore mineure et mes parents ont insisté pour que je finisse d’abord mes études universitaires.
    Ensuite une rencontre a fait que je me marie et que je vive en France. Mon mari était bien sioniste, mais pas juif et surtout très attaché à son pays. Il avait fait la Résistance et ne voulait pas quitter la France.
    Bref, nous sommes allées souvent en Israël, parfois avec nos enfants, mais non pour vivre. Mon mari avait des contacts scientifiques, y faisait des tournées de conférences, etc. Nous y avions de très bons amis, mais notre vie se passait en France.
    Au cours de divers séjours, je suis allée à divers kibboutzim avec ma plus vieille amie israélienne de Ein Harod Meuchad. Certains s’étaient « privatisés et n’étaient plus des kibboutzim. Mais d’autres avaient tout gardé en ayant fait des adaptations dans leurs activités qui leur permettaient de vivre, tout comme vous. Et c’est une telle joie pour moi de voir que cette façon de vivre perdure, car elle a vraiment apporté une richesse au pays et au monde.onne continuation. Bernice Shaaker Dubois

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